Mauritanie : le bien-être contre la démocratie
Les putschistes sortent indemnes du premier bras de fer qui les opposait aux bailleurs européens. La date fatidique du 20 novembre 2008 à laquelle l’Union Européenne menaçait de suspendre son aide à la Mauritanie (si ce pays ne revenait pas au régime constitutionnel) est passée. Le pouvoir reste aux mains des militaires et l’ancien président constitutionnel et “démocratiquement élu” reste dans sa résidence surveillée, et son premier ministre interpellé pour d’autres choses (…)
La junte ne s’est donc pas pliée aux multiples injonctions que lui dictaient l’Union Africaine, l’ONU, l’UE, la Ligue Arabe et les États-Unis, bref la communauté internationale. Comment en est-on arrivé là ? Tout d’abord les juteux contrats en jeu dans ce pays (le pétrole et la pêche) ont eu raison de la détermination de certains membres de l’UE, qui ont du garder le profil bas et découragé leurs pairs à passer aux sanctions. On sait d’ailleurs que les putschs en Afrique ont généralement l’aval de quelque chancellerie occidentale (…). Ceci étant et surtout de la divergences des intérêts des uns et des autres, on n’avait pas de doute de l’inapplicabilité de telles sanctions . De l’Union Africaine, même chose. L’on sait d’ailleurs ce dont elle est capable et voilà la Somalie et la RDC pour ne citer que ces deux exemples.
Les militaires qui ont pris le pouvoir à Nouakchott avaient naturellement donc leur pion européen. Sur le plan intérieur, la population est dans sa grande majorité favorable aux putschistes. Ces derniers étaient venus au moment où le pays était bloqué. Et dès leurs arrivés les militaires se sont attaqués aux vrais problèmes des populations qui demandent en premier lieu de bien vivre. Ainsi ont-ils amélioré les conditions de vie des populations en réduisant considérablement les prix des produits de première nécessité : jusqu’à 20% (pour le pain), le carburant et d’autres céréales. Parallèlement, le général Abdel Aziz s’est taillée une légitimité en allant vers les citoyens discuter de leurs problèmes avec eux. cette générosité et la douceur du putsch ont séduit plus d’un Mauritanien. Il faut rappeler que lors du putsch, on n’a pas signalé de versement de sang, ce qui est rarissime en Afrique. Puis les manifestations contre le putsch ont été très bien gérées peut-on dire, au regard de ce que nous savons de l’histoire même récente de la région.
Ce qui précède et bien d’autres choses qu’on pourrait longuement énumérer ont conduit à “l’adhésion des mauritaniens aux “raisons” invoquées par les militaires. Désormais, certains citoyens évitent de parler de putsch mais de “rectification”. Les militaires sont en fait intervenus pour libérer les civils d’une situation délicate : La constitution en vigueur en Mauritanie daterait du temps de l’ex-tyran Ould Taya ; cette loi ne laissait pas d’alternative en cas de blocage de l’exécutif. Le clan de Ould Taya est venu faire sa démocratie avec. Une année après les élections présidentielles, la situation du pays se durcissait mettant à nue l’inefficacité des mesures que ce “président constitutionnel ” avait proposé. C’est dans ce contexte donc que les militaires ont repris les choses en main. Chez certains occidentaux, le Président n’était pas à la hauteur des défis du moment surtout dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Ainsi, ont-ils contribué à changer les choses.
Devant les nombreuses menaces qui planaient sur le pouvoir des putschistes, la population est restée solidaire des militaires. Résultat : en lieu et place des “sanctions” tant proférées, les partenaires et les adversaires de la Mauritanie se sont résolus à tenir une réunion à Addis Abeba pour admettre la réalité du fait accompli ; légitimé par les mauritaniens. Et de ce sommet, la Ligue Arabe, l’UE, l’UA et autres s’étaient retrouvés pour dire le contraire de ce qu’ils ont fait. Ils ont ainsi reculé de leur position qui veut faire du principe constitutionnel une religion où tout le monde est astreint à s’inscrire, pour le meilleur et pour le pire. Ils ont donné raison à ce mauritanien qui, s’exprimant sur RFI a dit en substance, qu’il n’a rien à faire d’un démocrate-fût-il-élu qui ne s’occupe pas des problèmes de la population ; et qu’il n’a rien contre un pouvoir militaire s’il apporte les solutions aux problèmes du pays. Est-ce à dire que la Junte est ”la solution” !
Cette prise de position qui reste celle de la majorité des mauritaniens, et même de bien d’autres africains, répond à une question récurrente ces derniers temps : ”l’alternance est-elle synonyme de développement et de bien-être” ? Elle remet aussi en cause la fiabilité de cette démocratie qu’on présente comme une panacée pour tout le monde.
La junte se sent réconfortée, même si elle promet d’étudier les conditions pour remettre le pays dans son cadre constitutionnel. C’est du moins ce qu’on peut retenir de la déclaration du ministre de la communication, porte-parole du gouvernement de la junte, qui clamait lundi que la souveraineté de son pays est non négociable. Voilà qui est bien dit. Mais tout cela n’est que le début, qu’en sera-t-il de la suite ? Qui vivra verra.
- Écrit par Dian à 06:10
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