Centrafrique: une thérapie de choc pour un pouvoir mafieux
Le dialogue inclusif en cours depuis lundi en République Centrafricaine ressemble fort à une thérapie de choc en faveur d’un pouvoir ruinant et ruiné. François Bozizé, le général putschistes, tombeur de l’ange maudit qu’est A. Félix Patassé est à bout de souffle. En arrivant au pouvoir à Bangui en 2003, il se battait la poitrine, avec l’ardeur d’un sauveur, à l’image d’un Robert Gueye à Abidjan. La France même, en chassant Patassé de son astre ne s’attendait point à une Centrafrique ingouvernable.
C’est le moins que l’on puisse dire des couacs de la politique française en RCA. Ange Félix Patassé était une mauvaise marionnette de la France. Par ses turpitudes et les errements de sa politique, il avait rendu le pays exsangue : les fonctionnaires avaient plus de douze mois d’arriérés de salaires et étaient interdits de manifester ! Pourtant, ce petit pays de l’Afrique centrale est un exportateur de l’une des meilleures qualités de diamant au monde. Il exploite aussi de l’or et du bois. Son sol et son sous-sol sont des magasins de richesses. Cela n’a guère empêché le pays de sombrer dans la misère et le désespoir. Incapable de se tirer d’affaire, Ange Félix Patassé, s’entoure de groupe mafieux qui exploitent les richesses du pays et s’en emplissent les poches, laissant les populations vivoter dans l’inconnu.
C’est dans ces circonstances que la France, très présente dans les secteurs des mines et de la Forêt s’arrange pour déposer Patassé et à installer François Bozizé au pouvoir. Cette alternance chaotique fit de nombreuses victimes. L’ancien Président avait même fait appel aux rebelles congolais de Jean-Pierre Bemba pour se maintenir au pouvoir. Les passages de ces rebelles en RCA ont été accompagnés de pillages, de vols, de viols collectifs, d’extermination de nombreux civils et militaires. Une tragédie hors du commun qu’on a vite classé dans la liste des crimes de génocide, crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. La France et Bozizé réussirent quand même à chasser Patassé et à prendre Bangui. La suite, on la connaît tout autant que le début. En 2005, on organise des élections pour démocratiser les putschistes et faire figure de régime acceptable. C’était une tragicomédie de plus à révolter même le plus indifférent des centrafricains. Et comme c’était révoltant, la révolte s’en est logiquement suivie. Au nord-est et au sud-est, des centrafricains entrent en rébellion contre le pouvoir. Les coupeurs de route assurent la coordination du crime organisé dans le reste du pays. F. Bozizé, incapable de faire face à la crise fait appel aux forces françaises qui l’aident à sécuriser la capitale et à protéger les sites miniers et les centres d’intérêts “défendables”. Le reste du pays est laissé à la merci des rebelles qui imposent des systèmes de taxes et de droits de douane, nommant des fonctionnaires en lieu et place de ceux envoyés par le pouvoir de Bangui. Bref signant de fait la scission du pays. Tout cela au vu et au su de la France qui accorde l’asile à certains de ces chefs rebelles.
On en arrive à une situation où François Bozizé n’en peut plus. Cela n’empêche ce général d’armée de faire voter une loi par l’assemblée nationale accusant tous les opposants de criminels de génocides, de guerre et contre l’humanité, afin de les livrer à la Cour Pénale Internationale ; une mesure qui aggrava de plus la situation interne. C’est dans ce contexte que de partout des voix se lèvent pour exiger un examen de la situation. Au départ, Bozizé fait la forte tête et tente de s’opposer aux initiatives de paix. Mais des pressions s’exercent sur lui dont celle de la France de Sarkozy le pragmatique. Bozizé lache alors du lest et signe un accord de paix, le 12 juin dernier, à Libreville sous les auspices d’Omar Bongo. Il se voit obligé de revoir sa copie à l’assemblée nationale de singer une loi d’amnistie générale pour tous les opposants sans exception, le 13 octobre 2008, et organiser un dialogue inclusif, une véritable conférence nationale pour faire la paix.
Parallèlement à ce processus, le pays aspire à mieux vivre : 200 000 centrafricains sont chassés de chez eux par les violences depuis 2005. Le pays abrite plus de 98 000 réfugiés venus du Darfour voisin. Le système de santé est l’un des plus mauvais. Les occidentaux qui vivent à Bangui déconseillent à leurs ressortissants de boire l’eau des robinets centrafricains. La crise énergétique, le chômage, le sous emploi, la peur, le désespoir font la vie de la RCA.
Si le pouvoir centrafricain accepte d’organiser ce dialogue, c’est qu’il fait ses confessions : il est incapable, injuste et voilà pourquoi il a été rejeté par les siens. Voilà pourquoi il n’a pas pu restaurer l’espoir que la population avait perdu avant lui. Donc la logique voudrait qu’il démissionne et avec lui ses parrains français qui ont eux aussi montré leurs limites. Les français doivent comprendre que le moment est passé où l’on pouvait gouverner un pays de l’extérieur. Les généraux doivent savoir qu’on peut bien monnayer les richesses de son pays pour arriver au pouvoir mais on ne peut gouverner qu’avec un minimum de légitimité populaire et de justice.
- Écrit par Dian à 06:27
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