Nigeria: Les forces de l’ordre atteintes de la hantise du Biafra
C’est ce qui explique en gros le reste des tueries de la dernière semaine du mois de novembre 2008 à Jos la capitale de l’État du Plateau. Il faut bien accepter que les communiqués officiels sur les chiffres de la tragédie sont de loin en deçà de la réalité. Si dans un seule mosquée on a dénombré en une fois 400 cadavres, il faut bien deviner le reste. Il y a combien de mosquées à Jos ? Et combien d’églises ont reçu autant de victimes ?
Les témoignages recueillis font état de deux catégories de victimes : celles tués par les machettes, les gourdins et autres armes blanches ; et les tués par balles. Cette dernière catégorie est le fait des forces de l’ordre auxquelles ont a ordonné de tirer à bout portant sur les manifestants avec des balles réelles. Ou tout simplement des forces de répression. Le système de défense dans les anciennes colonies anglaises est généralement plus intelligent et plus humain que le système français du fait que les anglais utilisaient le système de l’administration indirecte et les français celui de l’administration directe. Mais le Nigeria fait exception à cette règle. La raison est que depuis la très tragique guerre du Biafra (dont personne ne veut plus entendre parler du fait de sa cruauté inouie), les soldats restent hantés par ce syndrome. Et tout porte à croire que les inspecteurs militaires continuent de penser que le Biafra pourrait se reproduire, encore. Ainsi forment-ils leurs soldats dans cet esprit ? En tout cas, tout ce qui perturbe la quiétude des cités est réprimé de façon assez disproportionnée comme si c’était dans l’intention d’empêcher ce nouveau Biafra.
Le contraste se lit devant la paralysie de l’appareil étatique et la toute puissance de l’appareil militaire. L’ État brille par son incapacité à servir de recours à ses citoyens. Résultat : les citoyens ont pris les choses en mains en se faisant sa propre justice. Les chefs traditionnels conservent toute la notoriété, la légitimité, la noblesse et tout le pouvoir. Mais ces chefs traditionnels n’ont pas de forces armées. En lieu et place de milices privées, ces chefs traditionnels ont assis leur pouvoir héréditaire sur le communautarisme violent et l’ethnostratégie. L’État post-colonial tenta de s’affirmer, mais ne réussit guère à se tailler une adhésion au sein de ces populations guerrières, alors, il usa à son tour de la terreur pour s’installer. C’est par cette terreur que les forces armées conservent l’intégrité du territoire.
La multiplication des coups d’État militaires n’a pas permis à promouvoir la police qui n’ a pas de formation adéquate, ni d’équipements. Les régimes militaires ne s’accommodent pas d’une police forte. A défaut de la faire disparaître, on l’a contraint à mener une existence de paria de l’armée. Ainsi, a-t-elle calqué ces méthodes à celle des forces armées nigérianes pour ne pas se faire oublier. C’est en usant de la terreur qu’elle peut gagner en efficacité. Ceux qui vivent dans le pays savent que le grand Nigéria est une jungle où le faible risque sa vie à chaque instant. Devant cette situation, les populations se sont rabattues sur elles-mêmes en cherchant tant bien que mal à assurer leur propre autodéfense. Dans les quartiers, des vigiles font leurs lois. C’est la même chose dans les transports inter-urbains. Les sociétés de transports sont obligées de faire la sécurité privée. les camions et les bus sont généralement accompagnés d’agents privés qui assurent la sécurité du convoi avec des kalashnikovs.
C’est cela la réalité du Nigeria. L’insécurité permanente, l’effacement de l’État, le communautarisme… ont fini par transformer le pays en un cercle de feu. Chacun se cherche, l’instinct de survie dominant la raison; le désespoir alimentant la violence. Pour un oui ou pour un non on peut se faire tuer. C’est d’ailleurs ce qui explique aussi la terreur dans le bassin du Niger où les organisations criminelles font la loi.
Mais les Nigerians - et jusqu’au premier responsable - ne sentent pas que cela est un problème. Avec ce rythme de dégradation de la situation, ce cours de radicalisation des phénomènes communautaires, cette prolifération des armes, le Nigeria risque de devenir ingouvernable. Au meilleur des cas, il risque une scission et au pire des cas une guerre civile sans fin.
- Écrit par Dian à 07:37
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